Le point de vue d’un maitre E

Quelle est la source des troubles logico mathématiques ?
Ces troubles sont –ils en recrudescence aujourd’hui ou ont-ils toujours
existé ?

Les compétences « logico mathématique » relèvent du développement cognitif, donc ils sont de l’ordre du développement et pas de l’apprentissage. (Ce qui n’exclu pas la nécessité d’entraîner leur maîtrise). Je n’ai aucune compétence pour affirmer si ces troubles sont en recrudescence, mais voilà ce qu‘en dit la psychologie cognitive :
« Ces troubles relèvent du champ des processus innés qui conditionnent et permettent la construction des élaborations, lesquelles permettent la construction des stratégies. Les troubles cognitifs représentent (selon des sources de la psychologie cognitive) 50% des causes d'échec scolaire. Les autres 50% relèvent du champ « conatif » (représentations de l’enfant face à l’apprentissage, les milieux familiaux, les émotions). »

Une question se pose : peut faire l’hypothèse de liens entre cognitif et conatif… l’enfant restant « un tout » ? En conséquence, ces troubles relevant du développement, on peut penser qu‘ils ont toujours existé. Ces troubles sont cependant mieux connus dans le milieu scolaire car les évaluations diagnostiques ont beaucoup progressé et nous permettent de tester ces compétences de façon plus pertinente.

Conduisez-vous régulièrement des rééducations des troubles logico-mathématiques ? Si oui, sur quel type de patient ?

En tant que maître E, donc maître spécialisé à dominante pédagogique, je n’ai pas de compétences en terme de « rééducation » mais plutôt de « remédiation » (trouver une autre médiation, une autre approche pour…). Cependant, j’ai suivi plusieurs formations autour des logico - mathématiques (outil gepalm) et j’interviens dans ce domaine auprès des enfants qui me sont confiés. Le « public » auprès de qui j’interviens, sont pour la plupart des enfants présentant des difficultés qui résistent à toutes les actions de soutien scolaire mises en place par les enseignants. Nous avons aussi des élèves porteurs de handicaps plus lourds (tous les « dys »), souvent suivis par des « spécialistes », mais je peux intervenir aussi auprès d’eux pour des actions ponctuelles et ciblées. (Nous évitons la multiplication et la simultanéité des aides pour un même enfant)

Quelle démarche avez-vous pour aider les enfants en difficulté d’apprentissage des concepts mathématique ? Quelle approche privilégiez-vous ?


Les axes de mes démarches :
  • L’entretien pédagogique pour identifier les besoins éducatifs particuliers de l’élève.
  • La manipulation
  • Les supports de travail attrayants, variés et ludiques
  • L’explicitation des procédures : amener l’enfant « à dire ce qu’il fait », conscientiser ses procédures. Donner du sens à ce qu’il fait. On explicite « ce que je vais apprendre » et « ce que j’ai appris ». « à quoi ça va me servir ».

Très concrètement, que peuvent faire les parents pour accompagner les enfants ayant des troubles logico-mathématiques ?

Confier leur enfant à des orthophonistes ayant reçu une formation professionnelle (dans le genre du GEPALM). Ensuite, Il est difficile de répondre à cette question de façon générale et exhaustive. En priorité, on peut leur proposer d’aider leur enfant à « manipuler » le temps et l’espace (qui sont des outils fondamentaux) à travers des situations de la vie courante : emploi du temps de l’enfant affiché avec repères picto ou couleur. Poser des questions à l’enfant qui font référence au temps par rapport à sa vie quotidienne en utilisant les connecteurs : hier, demain, le lendemain…. Les aider à mettre en place une méthodologie pour apprendre les leçons (souligner, stabilo etc).
Privilégier les jeux :

  • Images séquentielles (sériations temporelles)
  • Suites logiques (inférences)
  • Sériations de formes, de longueurs, de tailles
  • Tangram (espace)
  • Logicolor (reproduire des figures géométriques et orientées)
  • les jeux pour apprendre à classer selon plusieurs critères (formes, couleur, taille..) avec des objets de la vie courante.
  • Jeux où il faut trouver l’intrus (catégorisations)
  • Combiner : trouver toutes les façons de combiner 3 pions de 3 couleurs différentes. Idem avec cartes concrètes : banane/ raisin/ pomme. Etc…

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Pourquoi certains enfants ont-ils du mal à comprendre et assimiler les règles grammaticales et orthographiques ? Quels sont vos trucs et astuces pour rendre l’apprentissage et la compréhension de la grammaire plus attractive pour les enfants ?


les causes:
  • La première piste : identifier et remédier aux difficultés langagières, transversales à tous les apprentissages.
  • Les difficultés logico-maths :
    • classer/trier/ catégoriser (utile pour catégoriser les classes de mots)
    • inférer/ relier/ associer : faire des liens « hypothèse/déduction » pour identifier les relations entre les mots et les groupes de mots.
Mes "trucs" :
  • MANIPULER les mots et les textes.
  • Faire des hypothèses, vérifier. Justifier
  • Lister les différents critères d’identification des mots et groupes de mots : Construire un cahier de méthodologie

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Le point de vue d’une orthophoniste

Pourquoi certains enfants ont-ils du mal à comprendre et assimiler les règles grammaticales et orthographiques ? Quels sont vos trucs et astuces pour rendre l’apprentissage et la compréhension de la grammaire plus attractive pour les enfants ?

Les enfants en difficulté face aux règles orthographiques et grammaticales sont souvent des enfants plus lents et qui ont des difficultés à mettre du sens sur les mots; par exemple, la tautologie "l'adjectif qualificatif qualifie le nom" est complètement vide et incompréhensible pour eux. Pour ma part, j'essaie d'imager au maximum, d'organiser par des tableaux et surtout de passer par les exemples pour qu'il se forge leur propre règle par leur propre cheminement de pensée, et non pas l'inverse (présenté le plus souvent à l'école) qui est de partir de la règle pour aboutir aux exemples. Après, tous les moyens sont bons: images, petits jeux adaptés, personnages...

Conduisez-vous régulièrement des rééducations des troubles logico-mathématiques ? Si oui, sur quel type de patient ? Ces troubles sont –ils en recrudescence aujourd’hui ou ont-ils toujours existé ? Quelle est la source de ces troubles ? Quelle démarche avez-vous pour aider les enfants en difficulté d’apprentissage des concepts mathématique ?

Je ne mène pas encore de manière régulière des rééducations logico-mathématiques pures, mais je constate que je suis obligée de passer par ce type de rééducation pour des troubles du langage écrit, surtout la dysorthographie, car ces enfants ont du mal à s'organiser de manière générale et ça leur permet ainsi de mieux s'y retrouver dans la jungle de la grammaire. Je pense que ces troubles ont toujours plus ou moins existé et qu'ils sont mieux dépistés dorénavant, cependant les programmes de mathématiques actuels ne sont pas en adéquation avec les capacités et stades auxquels se situent normalement les enfants quand on leur présente les activités. Toujours passer par un maximum de sens, de concret, de manipulation surtout, me semble primordial, tant en rééducation, qu'à l'école et avec les parents.

Le point de vue d’une psychomotricienne

Pourquoi certains enfants ont-ils du mal à comprendre et assimiler les règles grammaticales et orthographiques ? Quels sont vos trucs et astuces pour rendre l’apprentissage et la compréhension de la grammaire plus attractive pour les enfants ?

La psychomotricité est d’abord un concept qui désigne « la fonction de l’être humain qui synthétise le psychisme, les affects, et la neuromotricité afin de s’adapter de manière souple et harmonieuse à son environnement ». Le développement psychomoteur de l’enfant signifie ainsi l’interrelation entre la maturation neurologique, le développement psychoaffectif et le développement cognitif. Le soin en psychomotricité vise à modifier une organisation psychomotrice pathologique à travers des expériences corporelles perceptives, motrices et expressives. Il s’adresse à des enfants présentant des difficultés d’investissement corporel, ou des troubles psychomoteurs spécifiques tels que retard de développement, troubles des coordinations, de la latéralité, de la structuration du schéma corporel, de l’organisation spatio-temporelle, de la régulation tonique, inhibition psychomotrice, instabilité psychomotrice ainsi que les troubles de la représentation du corps qu’il soit d’origine physique ou psychique (…). Le psychomotricien peut utiliser des médiations telles que la relaxation, la musique, le rythme, la danse, le conte, la peinture, le modelage,…et, plus globalement pour l’enfant, le jeu.

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Quels sont les pré-requis pour qu’un enfant puisse entrer dans le monde de la lecture avec plus de facilité ? Une préparation du « corps » est-elle importante ? Si oui, comment notre corps intervient-il dans les apprentissages ?

Le premier langage de l’enfant est corporel, tonico-émotionnel, et gestuel avant d’être verbal. C’est à partir du tonus et du regard que l’enfant et sa mère établissent les premières interactions. C’est ensuite dans l’activité sensori-motrice, à partir de la manipulation d’objets, l’attention conjointe, l’imitation, le dessin que se développe le langage oral et l’accès au symbole. L’enfant quitte alors le monde de la perception immédiate pour le monde de la représentation.

L’accès à la lecture est une étape élaborée qui passe par le plaisir ludique du récit, souvent initié par l’écoute des contes ou des histoires pour s’endormir. Cela suppose d’être suffisamment sécure pour se laisser guider par une trame imaginaire extérieure, de construire ses propres images en gardant une distance vis-à-vis des émotions suscitées, de pouvoir jouer seul face au regard de l’autre, et d’attendre pour accéder à la compréhension globale de l’histoire. L’apprentissage de la lecture s’effectue conjointement avec l’apprentissage de l’écriture qui nécessite aussi que l’enfant ait acquis certaines compétences préalables :

  • Prise de conscience du schéma corporel et orientation spatiale :
  • Perception et discrimination tactile et visuelle des tailles, des volumes, des formes
  • Analyse visuo-perceptive qui permet de comprendre et de reproduire l’agencement de formes entre elles.
  • Perception rythmique et repères chronologiques
  • Coordinations visuo-manuelles,
  • Déliement digital et l’adaptation tonico-posturale en motricité fine
  • Affirmation de la dominance latérale et choix de la main scripteuse
  • Capacités attentionnelles et mémorisation

En quoi l’intervention du psychomotricien peut-elle aider des enfants en difficulté scolaire et plus particulièrement lors de l’apprentissage de la lecture ?

Le psychomotricien adapte un espace d’expérimentation sensori-motrice et apporte des outils rééducatifs permettant à l’enfant de développer ces pré-requis, de favoriser l’expression verbale, non verbale et l’accès à l’imaginaire. Une des raisons des difficultés d’apprentissage en général peut être également la peur de l’incertitude, de la non maîtrise, de la frustration, de l’échec, et le soin en psychomotricité vise alors également à rassurer l’enfant sur ses compétences, et à se familiariser peu à peu avec les règles et l’entrainement nécessaire à la réalisation de nouvelles performances motrices, sensorielles ou cognitives.

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